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Annelien Robberts

Ces dernières années ont vu une importante augmentation d’activités à Windhoek pour le plus grand plaisir de ses habitants. Windhoek est la capitale de la Namibie et compte plus de 300’000 habitants. Si vous avez déjà voyagé en Namibie ou que vous planifiez votre voyage, vous saurez que c’est dans cette ville que la plupart des voyages internationaux commencent et se terminent.

Pourtant, il reste encore une grande marge à développer concernant les activités artistiques du pays par exemple cinéma, théâtre, danse, expositions. Ces formes artistiques sont souvent minimisées dans les pays en développement. Le marché fait plutôt la part belle à tout ce qui est ingénierie, médecine, professions techniques, droit, etc. Comme il est souvent plus difficile de poursuivre une carrière artistique, ces métiers sont les premiers à tomber dans l’oubli.

Heureusement, il y a de plus en plus d’initiatives pour activer le côté artistique du pays, et certaines d’entre elles tentent d’impacter le milieu directement en combattant du même coup certains problèmes sociaux ou politiques.

C’est dans ce cadre que nous vous présentons aujourd’hui l’Ombetja Yehinga Organisation Trust (OYO). Cette ONG utilise les arts pour parler des problèmes sociaux. Tous leurs projets ont une composante artistique – de la danse, du cinéma, du théâtre, des expositions.

En bref

La plupart des spectacles présentés par l’OYO se déroulent dans des écoles et prisons partout en Namibie, mais de temps en temps ils font aussi un spectacle à Windhoek pour le grand public. La thématique des projets est régionale et s’adapte aux besoins de chaque région, par exemple les Himbas dans le Kunene, les Sans dans l’Otjozondjupa, ou les jeunes du Karas au sud. Les problèmes sont définis par les jeunes eux-mêmes, ou quelquefois par le Ministère de l’Education qui demande l’assistance de l’OYO. Ensuite, elle essaie de trouver des solutions avec les enfants eux-mêmes et avec les communautés et les écoles.

L’objectif des projets est de provoquer des discussions et des changements en faisant réfléchir les gens d’une manière différente – pas comme à l’école, mais plutôt avec une approche pratique. Les spectateurs se mettent dans la situation et se demandent : « Si je suis dans une telle situation, qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je suis d’accord avec la décision que le personnage a prise ? Qu’est-ce que j’aurais fait différemment ? À qui aurais-je pu m’adresser ? »

L’organisation « parle » à travers la danse. Elle organise des week-ends pour les jeunes filles pour discuter de leurs problèmes et de comment elles pourraient les adresser, et également de comment elles veulent que l’on parle à la communauté, et plus précisément à leurs parents. L’OYO essaie de combler l’écart de communication entre les adolescents et leurs parents, ce qui n’est pas une tâche facile.

La troupe de danse au théâtre national de Namibie
© Ombetja Yehinga Organisation

Le premier projet de l’OYO

En 2001, l’organisation a lancé son premier projet sur le SIDA parmi les Himbas. Ce thème s’avérait très difficile à adresser à cause de la culture et de ses coutumes, par exemple du fait de la polygamie et du mariage des filles adolescentes. L’OYO essaie d’adresser ces problèmes en utilisant des formes artistiques qui parlent au cœur et non pas au cerveau. Comme le dit Philippe Talavera, Directeur de l’OYO : « Quand on va à une formation, la connaissance est transférée dans un cours ou une présentation avec un prof devant toi. Il s’agit ici de l’intellect. C’est le cerveau qui travaille. Quand on regarde un spectacle, on ressent des émotions. On ressent ce qui se passe sur scène. Ce n’est pas intellectuel, c’est plus viscéral. Pour nous, le fait que les gens puissent ressentir quelque chose, c’est ce qui va provoquer un changement. »

Par la suite, l’OYO a commencé à adresser d’autres problèmes dans la communauté. Par exemple, chez les Himbas, les enfants quittent l’école entre 12 et 14 ans soit pour s’occuper des troupeaux de la famille, soit pour se marier. Quand une jeune fille est biologiquement prête, on peut la marier. De plus, les filles qui atteignent la puberté n’ont pas forcément accès aux protections hygiéniques. Alors elles quittent l’école et commencent à avoir des enfants. Le projet travaille sur le problème « Comment garder les enfants à l’école après 12 ans ? » et « Comment suivre l’école un peu plus régulièrement – pas un mois à l’école et un mois dans le bush pour surveiller les troupeaux ? »

La pièce 'Maria' dans le Kunene
© Ombetja Yehinga Organisation

Les projets avec les San Bushmen

Avec les Sans dans la région de l’Otjozondjupa, les problèmes commencent plus tôt. Il n’y a pas de difficulté pour les parents à inscrire leurs enfants à l’école, le problème est qu’ils n’y restent pas. Souvent à l’école, ils sont victimes des moqueries par d’autres enfants à cause des stéréotypes sur ce peuple. De part ce milieu hostile, les enfants n’ont pas envie de rester à l’école. L’OYO essaie de travailler avec les écoles pour rendre l’environnement scolaire plus sympathique. Les élèves doivent apprendre les différences des cultures, apprendre à les accepter et encore plus important, à les respecter. Les enfants travaillent ensemble en petits groupes. Ils font du théâtre et de la musique. Ceux qui ne sont pas Bushmen/ San sont encouragés à apprendre les chansons traditionnelles des Bushmen, pour qu’ils découvrent un peu de leurs traditions.

La pièce 'Bin Boy' dans l’Otjozondjupa faisant partie du projet avec les Sans
© Ombetja Yehinga Organisation

Les danseurs de l’OYO

En 2008, le premier projet de danse a été développé. Après ceci, l’OYO a reçu plein de demandes pour plus de projets de danse. Entre 2009 et 2011, elle a réalisé de nombreux projets de danse et au bout d’un moment, l’organisation a employé les danseurs à temps plein. Bien que cela ait été quelque peu par accident, l’OYO est la seule organisation en Namibie à employer des danseurs à temps plein. En Namibie, il n’est pas évident de vivre du métier de danseur. Généralement, il faut un autre travail à côté pour que la danse soit viable. Beaucoup de danseurs sont professeurs et ne vivent pas du simple fait d’être danseur.

Aujourd’hui, l’OYO emploie huit danseurs à temps plein et quatre en formation. En plus, l’OYO essaie de les aider à se développer en tant qu’artistes. De temps en temps, elle invite également des danseurs d’autres pays pour partager leur expertise. Actuellement, une danseuse des Pays-Bas, Eveline Castelein, travaille avec la troupe de danse pour créer une nouvelle pièce s’intitulant « Ilithyia gone mad ». Les danseurs locaux viennent de partout en Namibie – Lüderitz, Rehoboth, Swakopmund, Rundu, Tsumeb.

« Les spectacles sont en entrée libre, pour permettre à tout le monde de venir. L’objectif est de déconstruire l’idée que la danse est réservée aux classes aisées en incluant toute la population. Cela permet un peu plus de diversité dans le public. Quelqu’un qui vient par exemple de Katutura doit déjà payer son taxi. Il ne faut pas qu’il paie pour le spectacle aussi. »

Philippe ajoute qu’« En Europe, il est possible de faire tourner un spectacle pendant 3 à 4 semaines. Cependant, en Namibie, ce n’est pas possible. Un spectacle peut être tourné deux ou trois soirs au maximum, car il n’y a pas assez de monde. On ne peut pas rentabiliser un spectacle. Nous ne sommes pas payés par les écoles, mais nous avons un partenaire qui nous paie pour aller jouer dans les écoles. C’est comme ça que l’on peut payer les danseurs. Les artistes en Namibie ont du mal à trouver leur public, car il n’y a pas suffisant de gens. »

L’OYO aimerait également accueillir les touristes qui passent la nuit à Windhoek s’il y a un spectacle. Ensuite, s’ils le souhaitent, ils peuvent participer aux discussions sur les problèmes sociaux.

On vous présente Windhoek sous un autre angle. Cela vous dit ? Participeriez-vous à un tel spectacle ? Partagez vos pensées dans les commentaires ci-dessous.

Auteur: Annelien Robberts – Née en Namibie, j’ai grandi sur une ferme dans le nord. Ma curiosité et mon esprit aventurier m’ont poussée à aller vivre en France pendant quelques années. Enfin, je suis rentrée dans mon pays natal ensoleillé. Laissez-moi vous faire découvrir la Namibie à travers les yeux d’une locale.

Pour plus d’informations sur Philippe, lisez « Philippe Talavera raconte son histoire »

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