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Texte original: Brigitte Weidlich
Traduction: Anouchka Boiteux

L’enseigne à l’est de Windhoek portant le nom « Otjivero » pourrait simplement diriger les voyageurs vers une autre petite localité, comme on pourrait le croire. Mais Otjivero, ainsi que l’Omitara adjacent, a attiré l’attention internationale il y a une dizaine d’années lorsqu’un projet pilote unique a décollé. Les noms de ces deux petites localités sont devenus monnaie courante à l’échelle internationale, au vrai sens du terme, dans le débat sur la réduction de la pauvreté grâce à un revenu minimum universel. Ce concept a été développé pour la première fois au Royaume-Uni dans les années 1920 puis mis à l’essai avec quelques adaptations aux États-Unis, au Canada, au Brésil et récemment en Finlande (depuis 2017).

En Namibie, les quelque 1’200 résidents d’Otjivero ont reçu un revenu mensuel de base (Basic Income Grant) pendant deux ans en 2008 et 2009. Plus précisément, les résidents de moins de 59 ans ont reçu N$ 100 (environ 6,50 Euros) par personne et par mois, même les enfants et les bébés. A partir de 60 ans, la subvention sociale du gouvernement pour les retraités entre en jeu.

L’objectif était de réduire les niveaux de pauvreté à Otjivero-Omitara, et d’inspirer le gouvernement namibien par ce projet pilote privé pour éventuellement introduire un revenu mensuel universel pour tous les habitants du pays. Selon les initiateurs du BIG, cela aurait coûté au gouvernement environ 2 milliards de dollars namibiens (environ 120 millions d’euros) par an. C’était en 2008-2009.

Otjivero et le village adjacent d’Omitara se trouvent à environ 100 kilomètres à l’est de Windhoek, à proximité d’un important barrage.

Comment tout a commencé

La Coalition BIG était composée de quatre organismes parapluies en Namibie, à savoir le Conseil des Églises (CCN), l’Union Nationale des Travailleurs Namibiens (NUNW), le Forum des ONG namibiennes (NANGOF) et le Réseau Namibien des Organisations de Services de Lutte contre le Sida (NANASO).

Le bureau social de l’Eglise Evangélique Luthérienne de la République de Namibie (ELCRN), sous l’égide des deux théologiens Dirk et Claudia Haarmann, a coordonné le projet pilote.

Les partisans du projet, représentant toutes les sections de la société, ont recueilli des fonds, y compris l’actuel président namibien Hage Geingob qui était ministre à l’époque. Des particuliers, des églises, des organisations et des donateurs d’autres pays ont soutenu le projet pilote BIG en Namibie, qui a duré 24 mois jusqu’en décembre 2009.

Otjivero a été choisie en raison de son environnement rural bien qu’à proximité de Windhoek, et de ses niveaux élevés de pauvreté. La plupart de ses habitants s’y étaient installés après l’indépendance. Le projet pilote BIG a été évalué scientifiquement. Les chercheurs ont effectué une enquête de référence en novembre 2007, puis des enquêtes par panel en juillet et novembre 2008, ont mené des entrevues continues avec les bénéficiaires et ont réalisé des études de cas détaillées à Otjivero-Omitara. Une équipe internationale d’experts a guidé et évalué la recherche dans son ensemble. Les fonds se sont épuisés après deux ans, mais les paiements de transition se sont poursuivis à un taux inférieur entre 2012 et 2013, jusqu’à épuisement total des fonds. En juillet 2014, l’Eglise Vaudoise d’Italie a obtenu de nouveaux fonds pour une autre année. Au second semestre 2015, les paiements BIG ont cessé.

Bénéfices du revenu universel minimum

Selon les résultats de la recherche, l’introduction du BIG a considérablement réduit la pauvreté des ménages. Environ 76% des résidents d’Otjivero sont tombés sous le seuil de pauvreté alimentaire de la Namibie en novembre 2007. Ce pourcentage a été ramené à 37% grâce à l’introduction du revenu minimum en novembre 2008.

« Le BIG a entraîné une augmentation de l’activité économique. Le taux de personnes engagées dans des activités génératrices de revenus est passé de 44% à 55% », selon le livret récemment mis à jour, publié en septembre 2019. Ainsi, le BIG a permis aux bénéficiaires d’augmenter leur travail à la fois pour la rémunération, le profit et le gain familial, mais aussi pour l’auto-entreprenariat. Les bénéficiaires pouvaient lancer leur propre petite entreprise dans des secteurs tels que la fabrication de briques, la gestion d’un petit restaurant, la boulangerie ou la couture.

La malnutrition chez les enfants a diminué, tandis que les parents pouvaient se permettre de payer les frais de scolarité à l’école primaire locale, ce qui a permis d’augmenter le nombre d’enfants scolarisés. Le taux de décrochage scolaire est passé de près de 40% en novembre 2007 à seulement 5% en juin 2008, puis à près de 0%.

Des temps difficiles après le projet pilote BIG

« Avec le BIG, nous n’avons jamais eu à souffrir, mais nous souffrons maintenant », explique Crecia Swartbooi dans une entrevue pour la brochure de 2019 intitulée « Basic Income Grant – ten years later ». Dans cette publication, plusieurs récipiendaires du BIG à Otjivero et Omitara ont été interviewés à nouveau. « Le BIG doit revenir, il nous a énormément aidés », est le point de vue général des résidents.

« La Namibian Basic Income Grant Coalition a conçu et mis en œuvre ce premier projet pilote de transfert universel de fonds sans condition dans le monde », peut-on lire dans la brochure. Dix ans après et avec le débat international pour une augmentation du revenu universel, l’Inde, le Kenya et même la Finlande expérimentent différents modèles BIG. Otjivero et Omitara en Namibie sont toujours mentionnés dans les documents de recherche et les publications en tant que pionniers.

La Namibie veut éradiquer la pauvreté d’ici 2025

La Namibie est l’un des rares pays africains à verser une pension d’Etat à tous les habitants à partir de l’âge de soixante ans, quel que soit leur revenu. Cela s’applique non seulement aux ressortissants namibiens, mais aussi aux habitants d’autres nationalités qui ont un permis de séjour permanent. La pension d’État est passée de N$ 600 (environ 36 euros) à N$ 1000 (environ 60 euros) en 2015. Depuis, elle a augmenté annuellement et s’élève à N$ 1’300 (environ 78 euros) au moins d’août 2019, avec 182’195 pensionnés comme bénéficiaires.

Les anciens combattants enregistrés en Namibie reçoivent également une pension, de même que les personnes handicapées, les orphelins et les enfants vulnérables.

Lors de son investiture à la tête de l’État en mars 2015, le président Hage Geingob a déclaré une « guerre » contre la pauvreté. Un nouveau ministère a été créé, le Ministère de l’Éradication de la Pauvreté, dirigé par Zephaniah Kameeta, ancien évêque de l’ELCRN et ardent défenseur du BIG.

En octobre 2015, lors de la première conférence nationale sur la redistribution de la richesse et l’éradication de la pauvreté, le Président Geingob s’est engagé à éliminer complètement la pauvreté extrême en Namibie d’ici 2025.

Aide aux familles dans les centres urbains

La migration des zones rurales vers les centres urbains est également une réalité en Namibie. En juin 2016, la première banque alimentaire a été inaugurée à Windhoek. Un consultant de Cuba a aidé le Ministère de l’Éradication de la Pauvreté à former des comités de rue de jeunes chômeurs qui ont identifié les familles dans le besoin de recevoir des colis alimentaires mensuels, avec des rations sèches d’une valeur d’environ N$ 450 (environ 27 euros). À la mi-octobre 2019, des banques alimentaires ont été déployées dans les 14 régions du pays, les derniers bénéficiaires étant Swakopmund et Karibib dans la région de l’Erongo. À ce jour, quelque 10’000 ménages urbains de tout le pays bénéficient des banques alimentaires et 383 jeunes sans emploi ont trouvé un travail grâce à cette initiative.

Près de 370’000 écoliers namibiens reçoivent des repas dans le cadre du programme d’alimentation scolaire du gouvernement appliqué dans 1’400 écoles des 14 régions.

Selon l’Agence Nationale de la Statistique (NSA), la pauvreté extrême en Namibie est passée de 15,4% de la population à 10,7% entre 2010 et 2015.

La meilleure nouvelle est que le coefficient de Gini, qui mesure l’inégalité, est passé de 0,58 à 0,56 au cours de la même période. Au moment de l’indépendance de la Namibie, il s’élevait à 0,7. Le coefficient de Gini varie de 0 à 1, avec 0 représentant l’égalité parfaite et 1 représentant une inégalité élevée. Avec une égalité de revenu en Namibie si proche de 1 en 1990, la chute à 0,56 en 2016 est significative.

D’ici mars 2020, le gouvernement a l’intention de déposer au Parlement une proposition de politique nationale de protection sociale, dont l’objectif ultime est de créer un régime de soins de santé et un fonds de pension nationaux.

Le revenu minimum a permis aux villageois de commencer à jardiner et à vendre 
leur surplus (à gauche). Une femme d’Otjivero a pu utiliser son BIG pour acheter
un petit réfrigérateur et produire des sucettes glacées afin de les vendre à
la communauté. © Claudia Haarmann

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